Alexandra Borsari - European nomadic researcher
Alexandra Borsari - European nomadic researcher

What is nature for?

Like for the previous subheading, here is an attempt to go farther than the text proposed in my thesis. Of course, it's open to discussion.

En italique sans précisions de provenance : citations de ma thèse. En italique avec sources : extraits d’ouvrages. Mes commentaires restent en caractères romains.

 

La nature a-t-elle un rôle ?

Cherchant l’utilité de la nature, j’avais écrit ceci, qui me semble très peu soutenable aujourd’hui : "Celle-ci est tout d’abord visible dans le fonctionnement purement biologique du corps : les différents besoins qui doivent être satisfaits pour rester en vie ou encore la reproduction enracinent l'être humain dans la nature dont il est sans conteste une des créations. Mais s'il est un produit de la nature, il n'en reste pas moins un produit dérivé, toujours en devenir et dont l'évolution ne dépend que de lui. Si la nature continue de s'exprimer en lui, dans la mesure où il ne peut s'affranchir des règles biologiques, cette expression est néanmoins réduite au strict minimum : depuis les premiers hommes, les bouleversements culturels ont pris le pas sur l'évolution strictement biologique." Très honnêtement, je n’en suis plus du tout convaincue. Je pense même que plus on pense s'en affranchir, plus on est soumis aux impératifs du vivant et de notre espèce particulière : se reproduire, se garantir un accès aux ressources en faisant partie d'un groupe, rester socialement désirable pour garantir sa place, etc.

"Il n'empêche, la nature reste essentielle pour l'être humain dans la mesure où elle continue d'assurer sa survie. Le fait même d'avoir un corps et de devoir répondre à ses besoins représente un grand avantage. Alors que certains n'y voit qu'un "esclavage" et un frein au développement des capacités proprement humaines, il semble, tout au contraire, qu'avoir un corps permette de conserver un pied dans la réalité. Répondre aux besoins naturels rappelle à l'être humain qu'il ne peut pas tout faire seul : même si son monde est un monde artificiel créé [voulu depuis les grands monothéismes] hors de la nature, cela ne fait pas pour autant de lui un démiurge. De nombreuses réalisations de la nature restent, en effet, hors de sa portée. Son alimentation ne peut ainsi pas être intégralement assurée par des aliments synthétiques. La part de produits naturels qu'il doit respecter lui signale très clairement qu'il ne maîtrise pas tout : la complexité du monde n'étant pas entièrement réductible en équations ou théories. La première utilité que la nature peut avoir pour l'être humain réside ainsi dans une fonction nourricière doublée de celle de garde-fou, comme si l'homme avait un corps pour ne pas oublier sa part terrestre. L'être humain étant un hybride, il ne doit pas se laisser aller entièrement à son penchant pour "l'autre monde" [je voulais dire la spiritualité et le monde que nous croyons découvrir lors des moments de fortes émotions]. Les excès, dans l'un et l'autre sens, ne le satisfont pas. Il se doit de garder une certaine distance vis -à -vis des deux univers entre lesquels il se partage : alors que le monde terrestre représente son lieu de résidence et lui assure sa survie, le monde extraterrestre qu'il aperçoit par le jeu de la transcendance est le lieu privilégié de la quête de sens dont il ne peut faire l'économie." Or, je pense précisément aujourd’hui que cette quête de sens est bien un produit de l’évolution. La théorie des agents intentionnels fournit à ce propos un cadre stimulant pour repenser le besoin d'explication de l'humain. Il a sans doute été avantageux, en termes de survie (et donc de reproduction) d'imaginer qu'il y avait un agent et donc potentiellement un danger devant l'inattendu, l'inexpliqué (un bruit dans le noir par ex.). Les individus moins inquiets ont probablement été plus susceptibles de succomber à des dangers évités par des individus plus inquiets:

"Les psychologues [j'ajouterais cognitivistes car c'est moins certain pour les autres, ab] pensent que les humains sont équipés d'un système de détection des agents intentionnels qui se déclenche très facilement: dans l'environnement dangereux de nos ancêtres [vision primaire de la paléontologie : c'est sans doute moins simple et le degré de sécurité était probablement plus important, au moins pour certains groupes, que ce que nous imaginons aujourd'hui, ab], mieux vaut voir un prédateur ou un ennemi là où il n'y a personne que s'endormir paisiblement et ne jamais se réveiller." THOMAS Frédéric, LEFEVRE Thierry, RAYMOND Michel [dir.], Biologie évolutive,Bruxelles, De Boeck, 2010, p.678.

Ce que Tim Ingold illustre, sans pourtant faire le lien avec la théorie des agents intentionnels, avec la confusion entre rochers et crocodiles, il vaut mieux imaginer un être dangereux et ne pas sauter sur le rocher plutôt que de tenter, par inadvertance, un grand prédateur: "if you don't know whether something is alive or not, it is a better bet to asume that it is and reckon with the consequences. The costs of guetting it wrong in some instances are outweighed by the benefits of guetting it right in others (Guthrie 1993: 41).Those who take rocks to be crocodiles have greater chances of survival than those who mistake crocodiles for rocks. As intuitive non-animists have been selected out, due to unfortunate encounters with things that turned out to be more alive than anticipated, we have all evolved to be closet animists - without of  course realising it." GOLD Tim, Being alive, Essays on movement, knowledge and description, Londres, Routledge, 2011, p.68.

"Pour subvenir à ses besoins, l'être humain explore son environnement. Ses capacités cognitives sont stimulées par ses recherches exploratoires dans lesquelles l'homme trouve tout à la fois une utilité directe – améliorer ses conditions de vie – et une source de divertissement. L'être humain, l'une des créatures les plus curieuses de la planète, trouve ainsi dans la nature à la fois un lieu pour satisfaire sa soif de connaissance, mais également un terrain de jeu particulièrement riche. La dimension ludique de la connaissance trouve son origine dans la nature [je dirais aujourd'hui: dans le processus évolutif : l'humain est un mammifère et, sans doute comme tous les mammifères, le jeu est une aide  pour apprendre à survivre : trouver son alimentation mais aussi comprendre les relations de pouvoir dans le groupe]. Source d'inspiration inépuisable pour les sociétés humaines, elle sert tour à tour de modèle à imiter et de repoussoir, les techniques de survie développées par les espèces animales et végétales ont certainement encouragé les processus créatifs à l'œuvre chez l'être humain. [...] En tant que terrain d'exercice de la pensée, elle est une matrice pour l'imaginaire." ==> en voyant des agents intentionnels dans de nombreux phénomènes et en attribuant à la matière un pouvoir créateur, l'être humain a probablement développé très tôt, dès le début et avant le genre Homo?, des croyances et des systèmes de croyances qui ont facilité le fonctionnement des groupes humains. Les religions en général, du fait de leur redoutable efficacité d'un point de vue évolutif (elles favorisent la cohésion en attribuant des places et en donnant des explications qui permettent de se focaliser sur les problèmes les plus urgents de la survie), ne sont donc pas près de disparaître.

Plus loin dans mon texte de thèse, je me suis montrée très optimiste, sans doute trop, vu notamment ce qui a été dit plus haut sur les croyances:

"D'ici quelques siècles, voire seulement dans quelques décennies, les modifications profondes introduites récemment par les sciences dans la compréhension du monde seront, il faut l'espérer, largement diffusées. Elles ne modifieront sans doute pas l'imaginaire [par ex. : en français, le soleil continuera de se coucher]  mais elles permettront une meilleure prise en compte de l'incertitude qui caractérise toute connaissance. L'Occident doit ainsi faire le deuil de l'un des rêves les plus puissants de son histoire : celui d'une connaissance parfaite [et encyclopédique] du monde. Mais ce deuil est porteur de nouvelles richesses : en augmentant la complexité du réel et en brisant toute idée de déterminisme, le principe d'incertitude redonne une place centrale à la liberté. L'étude de la nature, au sens très large, aboutit ainsi à remettre au cœur de tous les savoirs la multiplicité des possibles et parmi eux, le choix d'une réalisation parmi une infinité – définition minimale de la liberté. En épargnant à l'être humain le soin de tout maîtriser, ce dont il est incapable, elle lui permet de se libérer de la tâche épuisante, et impossible, de contrôler le monde. L'évolution actuelle traduit d'une certaine manière cette préoccupation pour un "désengagement" de l'homme dans la nature. Même si les mouvements écologistes sont parfois animés par l'idée que l'être humain doit réparer ce qu'il a défait et perpétuent ainsi l'idée que l'homme détient les clés de la vie sur terre, la tendance générale semble révéler un désir de voir l'homme retourner à son univers pour laisser la nature fonctionner seule."

Alors que j’avais choisi de montrer à quel point fonctionner selon des codes que nous imaginons être ceux de la nature sauvage éloigne de la trajectoire d’humanisation, je suis amenée aujourd’hui à minorer cette assertion. Dans une sorte de mouvement de pendule, je redécouvre à quel point l’humain est régi PAR sa nature animale, en premier lieu pour ce qui relève de la reproduction. Mais cela n’enlève rien, à mon sens, à cette idée qui semble quasi universellement répandue que l’humain se perd dès qu’il cède à la tentation de se comporter selon la loi du plus fort. La chaîne alimentaire n’est pas non plus pour lui un ordre dans lequel l’homme occuperait une place intermédiaire.

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