Alexandra Borsari European nomadic researcher
Alexandra BorsariEuropean nomadic researcher 

What is nature?

Nature is a dangerous concept, not only because it has been discussed over centuries, but also because of all our old certainties and habits of thinking.

Here is an attempt to fix some problems in the definition I proposed in my thesis.

It's in French but I would be delighted to exchange with you on this topic in English or Spanish.

En italique sans précisions de provenance : citations de ma thèse. En italique avec sources : extraits d'ouvrages. Mes commentaires restent en caractères romains.

En reprenant en partie la définition que j’avais proposée dans mon travail de thèse mais en la commentant, je propose de considérer que: " La définition de la nature ne pose pas de problème au sens commun. " ⇒ Et c’est bien tout le problème des concepts dont le contenu semble évident mais qui se révèlent, au premier examen, bien plus complexes. Si la familiarité avec la notion de nature est une expérience que nous sommes nombreux a avoir faite, c'est parce que cette nature dont il est question est celle du ou des milieux dans lesquels nous avons nos habitudes de vie ou qui correspondent à ce que nous imaginons de la nature. Un métropolitain, par exemple, sera dérouté par la forêt en Guyane française et ne pourra pas s’y déplacer sans préparation ni souvent accompagnement. Il le sera peut-être tout autant par le manque de transparence et la couleur de la mer, qui rappelle certains lacs et rivières du fait des alluvions charriés par l'Amazone et renvoyés vers les côtes des Guyanes (Guyane française, Surinam et Guyana) par les courants marins. La forêt guyanaise n’est pas, par exemple, la forêt de mon imaginaire d’enfant qui puise plutôt dans les grandes forêts d’Europe continentale, abri de créatures de contes et légendes qui constituent en partie mon héritage symbolique : la forêt archétypale du Grand Méchant Loup. Même les forêts de type méditerranéen (comme dans les hauteurs de Cannes) ou des Landes ne sont pas MES forêts alors que je ressens bien plus de proximité avec celles de Fontainebleau, d’Ermenonville et même les forêts bretonnes, en particulier Brocéliande : leurs associations de mousses, rochers, chênes et conifères me sont familières, non pas seulement parce que j’allais m’y promener enfant et adolescente mais parce qu’elles correspondent à ce que j’imagine d’une forêt. Un ami réfugié en France après le coup d’État de 1973 au Chili se demandait pour sa part, où était la forêt, alors qu’il évoluait en plein massif de Fontainebleau avec le groupe d’Amnesty International qui avait organisé la sortie. Où était SA forêt?

"Dans l'Occident contemporain, la nature représente l'ensemble des réalités terrestres, organisées classiquement en trois règnes. L'homme en est issu mais s'en est désolidarisé" ⇒ s’en serait désolidarisé ⇒ idée connexe à celle d’une opposition nature culture. "La nature apparaît ainsi comme tout ce qui est non humain sur cette terre : monde sauvage mais aussi nature plus ou moins domestiquée à l'intérieur des zones habitées et/ou exploitées par l'être humain. La nature s'invite ainsi jusque dans les maisons des hommes : sous forme d'aliments principalement, mais aussi de mobilier ou de tissus, plus visiblement sous la forme d'animaux familiers, de jardins, voire sous l'apparence modeste de simples fleurs dans une jardinière. Pourtant, les éléments naturels utilisés par l'être humain pour subvenir à ses besoins sont rarement rangés dans la "case nature" : les transformations qu'ils subissent en font des produits humains dans lesquels les hommes ne reconnaissent pas la nature, qu'ils circonscrivent généralement aux éléments naturels vivants de leur environnement comme les animaux domestiques ou les plantes." ⇒ Cette qu Bestion classique en anthropologie est ainsi résumée par Tim Ingold lorsqu’il regrette qu’elle brouille la compréhension de la matérialité :

"The abstract concept of materiality, I argue, has actually hindered the proper understanding of materials. We would learn more by engaging directly with the materials themselves, following what happens to them as they circulate, mix with one another, solidify and dissolve in the formation of more or less enduring things. We discover then than materials are active. Only by putting them inside closed-up objects are they reduced to dead or inert matter. It is this attempted enclosure that has given rise to the so-called ‘problem of agency’. It is a problem of our own making. How is it, we wonder, that humans can act? If we were mere lumps of matter, we could do nothing. So we think that some extra ingredients needs to be added to liven up our lumpen bodies. And if, as sometimes seems to us, objects can ‘act back’, then this ingredient must be attributed to them as well. We give the name ‘agency’ to this ingredient. It is the supposed cause that sets otherwise inert matter in motion.”1

Les travaux d’Olivier Keller sur le travail de la pierre au paléolithique illustrent cette tendance à attribuer à la matière transformée l’origine des forces qui s’exercent sur elle :

"La pensée va faire son travail spécifique de modélisation et de généralisation […] pour faire tout d’abord de son propre pouvoir sur la nature incarné dans les outils un pouvoir venu d’ailleurs et ‘chosifié’, substantifié, dans la pierre ; […] C’est une idée répandue en effet que d’attribuer à la roche un pouvoir générateur dans un sens très général, la matière dont s’empare la puissance créatrice humaine devenant le pouvoir créateur tout court. "2

"Ainsi limitée, la nature est donc, dans les sociétés européennes, vouée à n'occuper qu'une place d'agrément. Cette nature apprivoisée est source de repos et de bien-être : l'être humain y trouve un refuge contre les agressions de la vie en société. Oubliant à quel point la nature qu'il autorise à partager son quotidien est une nature inoffensive, transformée et élaborée pour lui servir et lui plaire, l'Européen se recrée à sa mesure une sorte de paradis terrestre dont il est le seul chef d'orchestre. Cette vision de la nature contribue à nourrir l'idée que l'être humain serait dénaturé et qu'il devrait d'urgence rechercher l'herbe verte foulée par ses ancêtres. Or, si la nature aménagée pour les besoins et les plaisirs des humains semble un parfait remède contre les maux des sociétés contemporaines, ce n'est pas parce qu'elle permet de renouer avec sa propre nature, mais bien au contraire parce qu'elle permet de s'en échapper."

"Le "vert" repose et rassure car il substitue des objets d’apparence plus naturels à ceux façonnés par les hommes. Le fait d'être bien dans la nature est, en lui-même, la preuve que l'homme, pour être soumis à des besoins biologiques, n'en est pas moins séparé de la nature depuis les origines." ⇒ Je perçois aujourd’hui, en octobre 2017, à quel point mon raisonnement était inachevé. L’homme se sent bien dans la nature car il s’agit d’espaces qui lui sont familiers ou qui, comme pour la wilderness américaine par exemple, lui permettent de se sentir englouti et/ou dépassé par un environnement qui n’est pas à sa mesure. La nature en tant que dépassement, nature sauvage s’il en est, qui a contribué à forger la notion de sublime naturel utilisée, entre autres, par Buffon dans son Histoire naturelle, peut également servir de refuge. Repaire des ermites depuis des siècles et peut-être des millénaires, si on limite la figure de l’ermite à un profil générique perçu comme étant à part des enjeux de positionnement dans le groupe et, de fait, au-dessus de ces questions.

"La nature n'est bienfaisante que dans la mesure où une escapade dans son univers représente une mise en retrait du monde des hommes. L'être humain dans la nature est en vacances de son humanité." ⇒ Je ne suis pas certaine qu’il s’agisse d’essayer de ne plus être humain ou de l’être moins, mais plutôt de se dégager un espace hors jugement des univers humains.

"Pour autant, il n'est pas forcément possible de l'imaginer comme l'ensemble du réel non-humain. Il est ainsi très difficile pour l'esprit occidental moyen de faire coïncider les notions de nature et d'univers. [...] Mais une définition de ce type se heurte rapidement à des résistances : la nature, aussi grandiose et terrifiante qu'elle puisse paraître parfois sur la terre, semble un concept trop étriqué pour pouvoir recouvrir entièrement celui d'univers voire celui regroupant la totalité des univers possibles. " ⇒ La nature n’existe ainsi que dans la mesure où elle est en relation avec l’être humain. C’est aussi l’une des explications de sa familiarité : l’ensemble du vivant n’entre pas DANS la nature mais seulement ce qui en est perçu par l’observateur. Cette nécessité d’un lien avec l’humain est très nette dans le phénomène d’invention du paysage décrit par Augustin Berque en Chine. Le paysage, création des urbains, est aussi une appropriation par l’oubli d’un travail humain. Ainsi, la dimension contrôlée et fabriquée du paysage sert une vision qui n’est pas dupe mais qui préfère occulter les acteurs au sens premier de ce paysage, c’est-à-dire en premier lieu les paysans :

"Xie Lingyun (385-433), le premier poète paysager, qui se disait – qu’on dit toujours - ‘solitaire’, alors qu’il était en réalité fort pluriel dans ses excursions par monts et par vaux. C’est que, pour lui, la piétaille de ses serviteurs ne comptait pas ; elle était forclose, locked out avec un travail pourtant bien réel :

‘[…] Il n’avait de cesse qu’il n’eut grimpé mille parois, escaladées en détail. […] Il fit ouvrir un chemin à travers bois au pic du Midi de Shining pour atteindre directement Linhai. Il avait [ce jour-là] une suite de plusieurs centaines de personnes. Le gouverneur de Linhai, Wan Xiu, en fut tellement saisi qu’il crut à une bande de pillards.

Voir le paysage, mais pas le travail qui l’a produit, et se penser donc seul devant la nature : j’appelle cela le principe de Xie Lingyun. Ce principe […] était promis à un bel avenir. "3

"La pensée symbolique, bien qu'elle jette des ponts entre le monde habité par l'homme et un ailleurs dont il se sent exilé, n'en reste pas moins soumise à l'expérience des sens. Cette imprégnation première se retrouve encore certainement [⇒ je dirais aujourd’hui plutôt probablement] dans toutes les langues humaines : le français, pour sa part, continue de remarquer que le soleil se lève et se couche [...]. Compte tenu de l'imprégnation terrestre de l'imaginaire, il est donc difficile d'étendre le concept de nature à l'ensemble de l'univers ou des univers. Bien qu’il se sente attiré par un autre monde, l’homme est ainsi "soumis" à des représentations imaginaires façonnées par la nature qu’il côtoie sur la terre. Pour lui, il n’est même pas possible d’en imaginer une autre : la nature est strictement terrestre. Il est ainsi presque impossible de définir la nature en faisant abstraction des représentations primaires qui structurent le psychisme humain. La somme des connaissances accumulées ne permet pas de la définir : elle reste étroitement liée aux témoignages des sens sur lesquels s'appuie tout l'édifice de l'imaginaire.4 Le concept de nature peut donc être raisonnablement restreint à celui de nature terrestre excluant l'être humain." ==> en tant qu'habitant mais pas en tant que créateur.

"[...] Pourtant la réalité de la nature est impitoyable : il faut vraiment ne pas la connaître pour la considérer comme un cadre rassurant." ⇒ Cela est peut-être vrai pour les urbains des métropoles contemporaines mais ne l’était pas pour la majeure partie des populations jusqu’à aujourd’hui. Les cycles naturels, les déplacements des espèces, etc., étaient observés et servaient de jalons. Faut-il penser que la nature inoffensive est une création contemporaine ? J’aurais tendance à répondre non dans la mesure où les fantasmes projetés sur la nature n’ont probablement jamais eu pour fonction de mieux la décrire mais bien plutôt de la mettre au service des besoins humains à commencer par celui, bien ancré dans la réalité, de pouvoir se mettre, au moins ponctuellement, en dehors du jeu social.

"La chaîne alimentaire, pour ne prendre que cet exemple, est sans doute l'une des règles fondamentales de l'univers naturel. Mais elle est aussi l'une des plus effrayantes : rien n'est reposant dans le monde sauvage puisque le danger y est omniprésent. Malgré les stratégies de survie mises en place par chaque espèce, aucun [mammifère par exemple] ne peut dormir sur ses deux oreilles, sauf peut-être les grands fauves. Mais là encore, si le lion semble vivre tranquillement, il ne mange pas à sa faim tous les jours et ses petits sont toujours en sursis tant qu'ils n'ont pas atteint l'âge adulte et trouvé leur place dans un clan.

[...] A un autre niveau, les hypothèses d'univers parallèles pouvant engloutir l'univers habité par les hommes n'ont rien de bien plaisant, de même que l'idée que l'univers devra peut-être connaître une fin. Les efforts en faveur de la compréhension du monde ne visent pas à créer un cadre protecteur, bien au contraire. Cependant, il est vrai qu'ils répondent à un besoin de compréhension qui peut nourrir l'illusion d'une certaine maîtrise sur le monde. [...] Si la nature est bien constituée de l'ensemble du réel terrestre non-humain, elle peut cependant, comme elle est identifiée par l'homme, être limitée aux manifestations observées ou devinées par l'être humain. [...]

La notion d'environnement, qui tend à remplacer celle de nature actuellement [rédaction en 2009-2010], rend bien compte de cette nécessaire interaction de l'homme avec le réel pour que ce dernier soit doté d'une existence. Anthropocentrique, la notion d'environnement a l'avantage de souligner le caractère englobant de la nature : les sociétés humaines constituant des zones à part, disséminées dans le monde naturel. Car, même si l'environnement se limite à l'espace d'interaction entre l'homme et la nature, la notion d'environnement cherche à réintroduire l'être humain dans le monde naturel ; ce que traduit bien le terme écologie, cette "science de la maison". Derrière l'idée que l'homme peut être nuisible à la nature, il y a la croyance en une nécessité de l'action humaine sur la nature pour inverser la tendance. Alors que l'idéologie du progrès défendait l'idée que l'homme peut maîtriser la nature, [une certaine idéologie] environnementale fonctionne sur l'idée que seule l'action humaine peut réparer les préjudices causés par l'homme à la nature. Si la notion d'environnement est ainsi assez floue lorsqu'elle cherche à se substituer à la nature, elle peut cependant trouver son utilité à l'intérieur de la sphère humaine pour décrire la nature humanisée que l'homme laisse pénétrer dans son univers. D'une manière plus générale, la notion d'environnement peut également englober l'ensemble du monde humain et permettre d'en décrire les différentes facettes. Mais là, il ne s'agit plus du tout du monde naturel. La confusion entre l'environnement entendu comme nature à préserver et l'environnement décrivant les manières d'habiter l'espace et de s'y positionner n'est pas identique à la confusion entre nature et matrice originelle. Néanmoins, elle repose sur la même erreur : l'idée que l'homme serait dénaturé par son humanité."

⇒ En utilisant les définitions de milieu proposées par André Leroi-Gourhan dans les deux tomes d'Evolution et techniques, il est possible de considérer la nature comme faisant partie de ce milieu extérieur façonné par les activités humaines et les projections symboliques :

"Les valeurs de milieu extérieur et de milieu intérieur sont claires. Par le premier terme, on saisit d'abord tout ce qui matériellement entoure l'homme […]. Il faut […] étendre la définition aux témoins matériels et aux idées qui peuvent provenir d'autres groupes humains. Par le second terme, on saisit […] à chaque moment du temps, dans une masse humaine circonscrite (le plus souvent incomplètement), ce qui constitue le capital intellectuel de cette masse, c'est-à-dire, un bain extrêmement complexe de traditions mentales."5.

C’est ce que traduira en partie le concept d’écoumène forgé par Augustin Berque :

"l’écoumène est une relation : la relation à la fois écologique, technique et symbolique de l’humanité à l’étendue terrestre."6

1INGOLD Tim, Being alive, Essays on movement, knowledge and description, Londres, Routledge, 2011, pp.16-17.

2KELLER Olivier, Aux origines de la géométrie, Le Paléolithique et le monde des chasseurs-cueilleurs, Paris, Vuibert, 2004, pp.158-159.

3BERQUE Augustin, Histoire de l’habitat idéal, de l’Orient vers l’Occident, 2010, Paris, Le Félin, coll. Poche, 2016, p.72.

4Il est probable que les structures fondamentales de l'imaginaire auraient été complètement autres si les conditions de la vie sur terre avaient été différentes : par exemple, en l'absence de pesenteur. Une force gravitationnelle différente, des champs magnétiques évoluant selon d'autres modèles, etc, et le fonctionnement du cerveau humain en serait totalement changé. [...] Gilbert DURAND, en se fondant sur les dominantes posturale, digestive et rythmique, insiste particulièrement sur ces contraintes terrestres qui donnent à l'imaginaire ses structures fondamentales : "nous admettons les trois dominantes réflexes, ''chaînons intermédiaires entre les réflexes simples et les réflexes associés'', comme matrices sensori-motrices dans lesquelles les représentations vont naturellement s'intégrer, à plus forte raison si certains schémas perceptifs viennent cadrer et s'assimiler aux schémas moteurs primitifs, si les dominantes posturales, d'avalage ou rythmiques se trouvent en concordance avec les données de certaines expériences perceptives. C'est à ce niveau que les grands symboles vont se former par une double motivation qui va leur donner cet aspect impératif de surdétermination si caractéristique." In DURAND Gilbert, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l'archétypologie générale, p.51.

5 LEROI-GOURHAN André, Evolution et Techniques, vol 2, Milieu et Techniques (1945), Paris, Albin Michel, 1973, pp.333-334.

6 BERQUE Augustin, Ecoumène, Introduction à l’étude des milieux humains, 1987, Paris, Belin, 2015, p.17.

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